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Jakarta – En Indonésie, la violence religieuse et le terrorisme sont toujours sujets à discussion depuis les attentats à la bombe de 2002 qui ont fait 202 morts et 240 blessés. La discussion porte toujours sur les auteurs du crime, sur ceux qui ont été tués ou blessés, sur le rôle des mouvements religieux dans les attentats à la bombe et sur la question de savoir comment le gouvernement indonésien a traité la tragédie. Personne ne parle des survivants: les familles des victimes, et celles des auteurs, qui ont trouvé la mort dans ces attentats.
Le documentaire Prison et Paradis offre une perspective unique de la violence motivée par la religion. Il montre l'ironie de la violence commise au nom de l'islam en expliquant comment un acte de violence, que les auteurs revendiquent au nom de la religion, engendre des orphelins – un groupe social souvent considéré, dans les textes islamiques, comme méritant une protection spéciale.
Dans Prison et Paradis, le spectateur suit le parcours de cinq enfants – Alif, Aldi, Asma Azzahra, Oonita et Azzah Rohidah – ayant tous grandi dans le même pays et dans la même religion, l'islam. Ces enfants présentent un caractère unique, par rapport à d'autres jeunes Indonésiens, parce que leur avenir a été complètement bouleversé par la perte de leurs parents dans les attentats de Bali.
C'est le sujet principal de ce documentaire produit et dirigé par un cinéaste indonésien indépendant, Daniel Rudi Haryanto. Né chrétien, il a été élevé aux côtés de deux frères musulmans à qui il doit ses caractéristiques multiculturelles. M. Haryanto a produit plusieurs documentaires mettant en avant le multiculturalisme. Prison et Paradis, projeté en avant-première mondiale, a concouru aux côtés d'autres films documentaires pour le « Murh Awards » au festival international du film de Dubaï.
Dans le film, une interview d'Ali Imron, auteur de l'attentat détenu en prison, reconnu coupable de s'être procuré le matériel nécessaire à la fabrication des bombes utilisées lors des attentats de Bali, révèle comment l'embrigadement dans un mouvement religieux extrémiste l'a conduit à négliger sa famille.
« Je ne me suis pas occupée de ma femme lorsqu'elle était enceinte, » déclare Ali Imron lors d'une interview. « Je n'étais pas présent à la naissance de mes deux enfants. »
Si la première moitié du documentaire porte sur les interviews d'Imam Samudra, d'Amrozi et d'Ali Gufron, les poseurs de bombes reconnus coupables des attentats de Bali et exécutés le 9 novembre 2008, la seconde partie s'intéresse aux survivants. L'histoire suit le narrateur du film, Noorhuda Ismail – un analyste qui consacre sa vie à la stratégie du contre-terrorisme – au fil de ses rencontres avec la famille d'Alif et Aldi, les fils d'Imawan Sardjono qui a trouvé la mort lors des attentats et celle d'Asma Azzahra, Oonita et Azzah Rohidah, les filles des auteurs condamnés.
En Indonésie, la famille d'un criminel reconnu coupable est socialement stigmatisée et considérée comme une menace sociale, laissant à la mère et aux grands-parents la lourde charge d'expliquer la situation aux enfants et petits-enfants qui devront ensuite dissimuler leur passé.
Observant Alif et Aldi se préparer pour aller à l'école, le film rend compte du terrible avenir auquel les familles des victimes se trouvent confrontées à mesure que les enfants grandissent sans leur père. Les principales victimes des attentats, telles que vues à travers la caméra du cinéaste, ce sont ces enfants – et leur avenir.
Prison et Paradis offre aussi un nouvel aspect dans la lutte contre le terrorisme: offrir aux familles des coupables et des victimes l'occasion de se mettre à la place de l'autre. Le film évoque l'importance de créer un « espace » imaginaire où les familles des coupables et des victimes puissent se rencontrer. Dans cet espace, les deux familles peuvent reconnaître des similitudes pouvant leur servir à construire une passerelle entre elles afin qu'à l'avenir la paix puisse se développer.
Le message de Prison et Paradis est clair : les vraies victimes du terrorisme sont les enfants qui ont perdu leurs parents dans ces terribles attentats – un message que l'on espère assez fort pour que la nouvelle génération de terroristes potentiels réfléchisse sur les conséquences de ses actes. De fait, se livrer à de telles activités va totalement à l'encontre de notre devoir qui consiste, selon l'islam, à protéger les membres vulnérables et essentiels de nos familles et de nos communautés.
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* Fatima Astuti est directrice générale de l'Institute for International Peace Building (IIPB) à Jakarta, en Indonésie. Elle est aussi la fondatrice de Cinema Society, un groupe de jeunes promouvant les films comme un moyen de transformer la façon dont les Indonésiens traitent les conflits. Cet article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), fait partie d'une série d'articles portant sur les conséquences du terrorisme.
Source: Service de Presse de Common Ground News (CGNews), 25 février 2011, www.commongroundnews.org
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