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Penang (Malaisie) – La révolution qui se déroule en Tunisie rappelle sans doute aux Indonésiens la situation de leur propre pays il y a treize ans, à l’époque où Suharto, qui était au pouvoir depuis 30 ans, fut renversé à la suite de manifestations suscitées par la crise financière asiatique de 1997-98. Aujourd’hui les Indonésiens s’enorgueillissent de vivre dans un pays démocratique qui, comme la Turquie, est souvent cité comme l’exemple d’une démocratie réussie dans un pays à majorité musulmane.
Mais cette transition n’est pas allée sans heurts. Elle a été entachée de violences communautaires, de la montée en puissance de groupes politiques islamiques radicaux ayant pour aspiration de mettre en place une version conservatrice de la loi islamique et d’aménager un éventuel retour des militaires en politique, étant donné l’influence énorme dont ils jouissaient sous le régime Suharto.
Malgré tout, la démocratie continue de se consolider en Indonésie. Depuis le renversement de Suharto en 1998, trois scrutins libres et justes ont eu lieu. En dépit des difficultés qui se présentent aujourd’hui aux Indonésiens — à commencer par la corruption et l’incompétence des fonctionnaires publics — ce pays a accompli des progrès remarquables.
Les Indonésiens sont maintenant libres d’exprimer leur désaccord, de savoir ce que fait leur gouvernement et de le critiquer, sans crainte d’aller en prison ou d’être portés disparus. Et lorsque malgré tout des abus sont commis par le gouvernement, la presse libre ne se prive pas de les dénoncer. Certes, quelques généraux à la retraite tentent bien de revenir en politique sous l’habit civil. Mais dans l’ensemble, les militaires ont regagné leurs casernes.
Le mérite en revient en grande partie à tous ces Indonésiens qui, pendant treize ans, ont démontré leur attachement indéfectible à la démocratie. Cependant, il faut aussi reconnaître les contributions du régime provisoire.
Lorsque Suharto a été renversé au cours de son quinquennat, le 21 mai 1998, il a transmis le pouvoir à son vice-président Bacharuddin Jusuf Habibie, technocrate formé en Allemagne, qui avait contribué au développement de l’industrie aéronautique indonésienne, à la fin des années 70. M. Habibie, sur nommé “l’enfant chéri” de l’ancien dictateur, n’était pas parfait. Pourtant, certaines mesures prises au cours de sa présidence ont profondément influencé le passage à la démocratie.
On peut donc en conclure que ce qui importe, ce n’est pas tant qui dirige le gouvernement provisoire que les actes de ce gouvernement.
Une des mesures les plus importante prises par M. Habibie a consisté à desserrer les contraintes à la liberté d’expression. Quinze jours après son entrée en fonction, son gouvernement a privé le ministre de l’information de son droit à émettre et révoquer les licences de la presse écrite. Des centaines de publications nouvelles ont alors fleuri, tandis que les publications existantes reprenaient leur rôle de chiens de garde à l’égard du nouveau gouvernement.
L’année suivante, toute la presse était là pour couvrir les élections, analyser la politique des partis et signaler les irrégularités. Sans doute, la liberté de la presse n’est pas à la hauteur des normes internationales, mais les médias, qui sont malgré tout en première ligne de la lutte contre la corruption, sont devenus un symbole de la démocratie indonésienne.
Peu de temps après le desserrement de l’étau sur la presse, la chambre des représentants a adopté une loi garantissant la liberté de réunion et permettant l’organisation de manifestations et de défilés sous réserve d’une autorisation préalable de la police.
Comme la Tunisie, l’Indonésie a été un Etat policier pendant 30 ans. La liberté d’opinion était réprimée, les contestataires étaient les uns mis en prison, les autres portés disparus, les militaires étaient présents à tous les niveaux de l’Etat et suivaient de près toute éventuelle subversion.
Le gouvernement Habibie apporta des changements spectaculaires, restaurant cet ingrédient essentiel au développement de la démocratie : la liberté d’expression. Il fit aussi adopter des lois visant à libéraliser le système des partis politiques et à améliorer le processus électoral. Une commission électorale indépendante fut créée. Les fonctionnaires, dont les voix étaient jusque-là attribuées au régime en place, étaient désormais libres de choisir entre tous les partis politiques.
En juin 1999, lorsque la monde entier vit les Indonésiens se rendre aux urnes dans le scrutin le plus démocratique depuis 1955, ceux-ci pouvaient choisir entre 48 partis politiques.
Lorsqu’il fut clair, au vu des résultats, que seuls quelques partis avaient obtenu assez de voix pour remporter des sièges au Parlement, on simplifia le système des partis. Mais cette simplification ne fut pas imposée, elle se produisit naturellement et démocratiquement.
La démocratie indonésienne est loin d’être parfaite, et les Indonésiens doivent continuer de la parfaire. Mais leur expérience nous apprend ceci : qui que soit le dirigeant de la Tunisie en cette phase transitoire, c’est en assurant la liberté d’expression et en frayant la voie à la libéralisation politique qu’on pourra aplanir le passage vers la démocratie.
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* Sri Murniati, qui est indonésien, est écrivain, traducteur et rédacteur en freelance à Penang, en Malaisie.Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews)
Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 4 février 2011, www.commongroundnews.org
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